In Nico Veritas – Théodore de Banville

publié le 13 juin 2017

In Nico Veritas – Alcée, poète Grec

publié le 13 juin 2017

LE ROSÉ, UN VIN CHARGÉ D’HISTOIRE

publié le 13 juin 2017
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InNicoVeritasJuin
NICOLAS Rvb affiche BD

NICOLAS Rvb affiche BDEn ce mois de juin, les beaux jours riment déjà avec un air de vacances au goût du vin rosé. Son bouquet fruité et sa bouche gourmande égayent les déjeuners à l’ombre des parasols et des apéros festifs. C’est certain, dans un tel environnement, on finirait presque par croire à la galéjade marseillaise comme quoi le rosé …. C’est en Provence qu’il est né !!!!

Mais est-ce donc vrai ? Pas si sûr….

L’historiographie populaire se plaît à rappeler l’apport de la vigne par les grecs tout juste débarqués à Marseille en 600 av J.C alors qu’ils fuyaient leur antique ville de Phocée (sise dans l’actuelle Turquie, aux abords du delta de la rivière Gediz, à proximité de la ville d’Izmir). Les raisins – que certains prétendent rouges – produits par ces vignobles hellénistes, auraient donné à déguster nos premiers vins rosés. Tandis que pour les amateurs de romance, se serait Gyptis, la fille de Nannus, chef des Ségobriges celto-liguriens, qui aurait offert  la coupe d’hyménée à l’élu de son cœur, le grec Prôtis, étayant ainsi l’origine provençale du rosé. Hélas, ne rêvons plus.

En relatant la naissance de Massalia, les écrits latins de l’historien gallo-romain, Trogue Pompée, dont les textes ont été traduits par Justin dans l’Abrégé des Histoires Philippiques[1], ne font pas mention de vin mais d’une coupe remplie d’eau ! ‘tunc omissis omnibus, ad Graecos conversa, aquam Proti porrigit’. La véracité de la légende marseillaise risque dès lors d’être moins pertinente.

[1] (Livre XLIII, chap. III, 8-11)

Aussi, en cette période d’offres de  rosés, il peut sembler utile de discerner le vrai du faux au travers de l’abattage marketing qui aime à manier la référence historique tant pour amuser que pour rassurer le consommateur friand d’authenticité d’un savoir faire viticole.

En réalité, pendant toute l’antiquité le vin rouge produit par les égyptiens, puis les grecs et bien plus tard par les romains, présentait une teinte assez claire. A Rome on le dénommait vinum clarum car le jus, issu de raisins foulés, fermentait débarrassé de ses matières colorantes tels les morceaux de peau et la pulpe. Par ailleurs l’absence de cuvaison et d’élevage en barrique limitaient considérablement la coloration du vin. C’est pourquoi dans  les territoires occupés par les grecs sur tout le pourtour méditerranéen, aussi bien à Massalia (Marseille), à Alalia (Aléria en Corse) qu’à Emporion (Ampurias en Espagne), on y produisait le même type de vin rouge clair. L’objectif premier étant d’être apprécié par les communautés grecques exilées, d’être vendu localement et enfin d’être distribué via leur propre réseau commercial maritime, alors parfaitement organisé. Mais pour que le vin parvienne à destination en parfait état de consommation, il fallait qu’il soit apte à supporter des mois de tangage. Le vin rouge, déjà peu coloré, subissait de surcroit l’addition de résine de pin ou d’aromates, voire même de miel, pour ensuite être déversé dans des amphores préalablement poissées afin de les rendre étanches. Alors la couleur ????

dico

En vérité, il faudra  attendre le XIVe siècle pour que le terme de Rosé soit associé à la teinte d’un vin. Le rosé fut cité, pour la première fois vers 1300 par l’irlandais Jofroi de Waterford dans son œuvre Segré de segrez, puis une seconde fois en 1373 par l’italien Pietro de’ Crescenzi dans le livre IV de son Rustican [c’est le titre du livre.] Le mot sera oublié par la suite puis à nouveau usité trois siècles plus tard, en 1680, en figurant dans le dictionnaire François de Pierre Richelet (L’un des plus anciens textes citant le rosé (1860))APRES - BOUQUET ROSE 2

 

Par l’acceptation unique du mot rosé, le littéraire n’aura fait qu’anticiper et regrouper la grande variété d’expressions utilisées allant du rouge tirant sur le pasle, au terme anglais clairet ou claret qualifiant un vin rouge de Bordeaux peu coloré, au vin paillé, en passant par vin d’œil-de-perdrix. Mais c’est seulement en 1682 dans le vignoble d’Argenteuil, en région parisienne, dont le vin clair était prisé à la cour de Louis XIV, que fut produit et désigné le premier vin rosé de France. Suivront ensuite les vins peu teintés du Jura, de Bourgogne et de Bordeaux,  là où le clairet provenait souvent d’un mélange de raisins blancs et de raisins noirs. Quant au rosé des Riceys en Champagne, de Tavel dans le Gard et de Loire, ils bénéficieront au fil du temps d’un intérêt certain. Tavel devenant même la première AOC Française à être reconnue en rosé.

 

Quant à notre cher ProveCavalier_marafiancence, il lui aura fallu patienter jusqu’en 1936, pour que la vogue populaire des congés payés vienne à modifier le goût et le style des vins locaux. Sous la chaleur du midi, les hommes et les femmes voudront se désaltérer avec des vins moins nourriciers, plus festifs, faciles à boire très frais et à moindre coût. Le rosé fera ainsi le bonheur des estivants de l’entre-deux guerres.

 

Aujourd’hui, le vin rosé est devenu tendance. Les vignerons de Provence l’ont bien compris. La région représente plus de 38% des volumes de rosés AOC 1247153258_917406hen France avec ses appellations: Côtes de Provence Château Cavalier Cuvée Marafiance 2016, Coteaux Varois, Coteaux d’Aix-en-Provence Château de Fonscolombe Cuvée Spéciale.

Mais comme à ses débuts avec le vin rouge pâle, on produit aussi du rosé dans  bien d’autres régions, dans les Côtes du Rhône Domaine de la Berthète, Domaine du Prieuré (Tavel), en Loire Sancerre les Champs Clos , Cabernet d’Anjou, dans le Bordelais M de Magnol ou en Languedoc Château de Pennautier Cabardès mais aussi en Bourgogne. A l’étranger, l’Italie, l’Espagne Excellens Marqués de Cáceres figurent en bonne position avec…. le Maroc Domaine de Sahari Guerrouane Vin Gris. Pour autant, le marché historique subit l’arrivée de rosés américains et australiens. Le nouveau monde n’a pourtant pas eu la chance de voir débarquer le grec Prôtis. A lui désormais de créer sa propre légende.

La Vie en RoSpritz aperitif served with Grissini in a restaurant in Italy

De nos jours, comme par le passé, le vin rosé continue à suivre les modes de consommation. Il est ainsi devenu un marqueur identitaire de la société. Des rosés piscines (vin servi avec glaçons dans un grand verre) côtoient sans complexe des rosés vineux au cours des déjeuners ensoleillés en accompagnant cake aux olives et rougets de roches grillés. Jusqu’au Japon et en Chine où les pink soirées festoient la vie nocturne des jeunes branchés. Le point commun du rosé : Un vin de bonheur partagé.

 

 

Corinne Lefort

Bibliographie
  • Roger Dion, Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXesiècle, Paris, Clavreuil, 1959 (réédition, Paris, Flammarion, 1991).
  • Robert Bailly, Histoire de la vigne et des grands vins des Côtes du Rhône, Ed .Orta, 1978 Avignon,